Grand et Petit, le « Behind the scene »

En novembre sortira aux éditions Esperluète l’album jeunesse « Grand et Petit, ou la vie à deux » (textes de Stéphane Ebner). En attendant, je vous propose de découvrir les coulisses de la création du livre, des premières recherches à la confection des originaux, en passant par celle du « chemin de fer ».

Genèse de l’histoire

Cette histoire, Stéphane l’avait d’abord imaginée pour l’illustrer lui-même:

L’envie m’était venue, suite à la naissance de mon fils et à mes lectures éthologiques, de raconter l’histoire d’un enfant et d’un grand s’apprivoisant l’un l’autre… J’ai donc commencé à écrire, mais la façon dont les phrases me venaient était pour moi tout à fait nouvelle : cela commençait par un rythme, des assonances, puis le sens émergeait dans un second temps. Le texte obtenu était plus long, plus unifié et plus narratif que tout ce que j’avais écrit jusque là.

Cet investissement plus intense dans l’écriture à coïncidé chez moi avec un abandon progressif mais durable de l’illustration. Je me suis alors tourné vers Nicolas pour lui proposer de s’emparer de mon histoire et d’en faire un livre à deux.

L’histoire me plaisait donc j’ai accepté, mais j’ai mis du temps à m’y mettre. J’avais encore beaucoup trop les images que Stéphane avait déjà faites en tête, et je ne savais pas comment aborder le projet. Et puis un jour j’ai eu une sorte d’intuition graphique, j’ai commencé à faire Grand, d’abord en collage, l’imaginant comme une sorte de pantin, puis, comme le collage m’ennuie vite, je suis passé à la peinture.

Et pour Petit, j’ai pris comme point de départ de L’Enfant sauvage de Truffaut.

De là, et de manière assez fluide, l’univers graphique s’est progressivement mis en place. Voici la première esquisse de la forêt de Petit et du jardin de Grand.

Et voici pour comparaison la version définitive telle qu’elle figure dans le livre.

Les plantes

Pour donner vie à l’univers de Petit, j’ai ai eu l’occasion de m’adonner à une de mes plus grandes passions: le dessin de plantes!

Voici une page de mon cahier de recherche.

Les Topiaires

Et je me suis aussi trouvé une nouvelle marotte, l’art topiaire abstrait ! L’art topiaire consiste à tailler des buissons pour leur donner la forme souhaitée. Ce qui peut donner, avec un peu d’imagination, des formes excentriques.

Il y a d’ailleurs, tout au long du livre et des saisons, un jeu sur l’évolution du jardin de Grand et de ses topiaires…

Tout doucement le livre prend forme

La création du « chemin de fer » marque une étape cruciale dans la conception d’un livre. C’est en effet à ce moment précis que l’histoire prend véritablement forme. L’illustrateur esquisse alors en miniature les futures images qui composeront le livre.

Penser un livre ne consiste pas à imaginer des images isolées, mais bien les unes à la suite des autres. Le chemin de fer permet donc de voir si l’enchainement qu’on a en tête fonctionne dans la réalité.

C’est aussi le chemin de fer qu’on montre à l’éditrice, afin d’évaluer son intérêt et de recueillir ses remarques et suggestions.

Sans chemin de fer l’illustrateur risque de perdre beaucoup de temps à faire et à refaire des images définitives qui pour finir ne fonctionneront pas (je parle d’expérience, car pour mon premier livre TÔA MOÄ j’ai eu la mauvaise idée de ne pas faire de chemin de fer, et perdu par la même occasion beaucoup de temps).

Celui-ci peut prendre plusieurs formes, certains artistes se contentent de faire quelques traits au crayon, ce que j’ai, pour ma part, beaucoup de mal à faire. La couleur et la matière étant tout aussi, voir plus importantes que le dessin dans mon travail, j’ai besoin de faire des chemins de fer un peu plus travaillés, de pouvoir voir comment la couleur s’appliquera et évoluera au fil des pages.

Pour créer leur chemin de fer, certains artistes partent d’une histoire déjà écrite par un auteur. De notre côté ce n’est pas du tout comme ça que nous fonctionnons avec Stéphane. L’histoire et le texte se créent en même temps, voire après les images. Il nous arrive d’avoir une vague idée de ce qui va se passer, puis je créer les images, et enfin Stéphane écrit le texte. Le chemin de fer a donc un rôle d’autant plus important qu’il participe réellement à la création de l’histoire.

Les choses sérieuses peuvent enfin commencer

Une fois qu’Anne Leloup, notre éditrice, nous a fait part de ses judicieuses remarques et donné son feu vert, j’ai pu me lancer dans la confection des images définitives… Travail de longue haleine, mais aussi (et heureusement) très réjouissant.

Pour ce faire, j’ai dû passer de petites esquisses de 10×15 cm à des originaux de 32×47 cm. Le défi consistait à préserver la vitalité du travail de peinture que j’appréciais dans les esquisses, tout en me laissant aller à mon penchant naturelle à dessiner les détails.

Certaines images, comme la vue sur les espaces de vie de Grand et Petit au cours des saisons, se répétant au fil du livre, la table lumineuse a également fait son apparition, offrant par la même occasion de très belles photos.

Un dernier petit éffort!

Et après la confection des 23 peintures originales qui composeront le livre, j’ai pu me consacrer à la confection de la couverture…

À l’instar de la couverture de TÔA MOÄ, je voulais y insuffler un petit jeu ludique. J’ai donc imaginé que le livre devenait  la haie séparant les deux espaces distincts. Côté couverture, on se retrouve chez Petit et, par un trou on, peut voir la maison de Grand. Inversement, côté quatrième de couverture, on se retrouve côté Grand et, par le même trou, on peut entrevoir la tanière de Petit.

Et voici la couverture avec le texte (bientôt disponible dans toutes les bonnes librairies).

Grand et Petit

Stéphane Ebner texte • Nicolas Mayné dessins

22 € • 20 x 27 cm • 48 pages

ISBN 9782359842135

La création de ce livre s’est faite avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Histoire à suivre

Et pour marquer la sortie du livre, nous avons conçu une petite exposition qui sera visible en novembre et décembre 2026 au WOLF, maison des littératures jeunesse à Bruxelles, avant, on l’espère, de tourner un peu partout en Belgique, voire, pourquoi pas, dans le monde entier (ça ne coûte rien de rêver 😅)

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